{"id":316,"date":"1892-02-27T20:00:00","date_gmt":"1892-02-27T19:50:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/?p=316"},"modified":"2026-08-21T22:47:05","modified_gmt":"2026-08-21T20:47:05","slug":"diner-du-samedi-gras-de-lannee-1892-chez-m-et-mme-pelletier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/1892\/02\/27\/diner-du-samedi-gras-de-lannee-1892-chez-m-et-mme-pelletier\/","title":{"rendered":"D\u00eener du samedi gras de l\u2019ann\u00e9e 1892 chez M. et Mme Pelletier"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Banquet offert par M.\u00a0et M<sup>me<\/sup> Pelletier aux membres de la Soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/schola\/\" data-type=\"page\" data-id=\"153\">le quintette et la Chorale du Mercredi<\/a>\u00a0\u00bb le samedi gras de l\u2019ann\u00e9e 1892. Deuxi\u00e8me d\u00eener de t\u00eates.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La photographie qui suit donne l\u2019id\u00e9e qui guida chacun pour se faire une t\u00eate, et comme le progr\u00e8s n\u2019a jamais cess\u00e9 de se faire sentir dans cette joyeuse soci\u00e9t\u00e9, le d\u00eener de t\u00eates devient en m\u00eame temps un d\u00eener de pieds et de corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours le progr\u00e8s\u2026\u2026\u2026 Aussi un hymne \u00e0 la banni\u00e8re fait-il son apparition.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6127-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-318\" srcset=\"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6127-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6127-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6127-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6127-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6127-1200x1600.jpg 1200w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6127-1980x2640.jpg 1980w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6127-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6128-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-319\" srcset=\"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6128-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6128-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6128-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6128-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6128-2048x1536.jpg 2048w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6128-1200x900.jpg 1200w, https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_6128-1980x1485.jpg 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 sa majest\u00e9 royale, <em>Ma<\/em><em>k<\/em><em>o<\/em><em>k<\/em><em>o<\/em> (pour les dames), <em>Malblanchi<\/em> (pour son peuple) xxvi<sup>\u00e8me<\/sup> de la dynastie&nbsp;; marquis du <em>Bois-y-ho<\/em>&nbsp;; Baron du <em>Menow<\/em>&nbsp;; chevalier de l\u2019ordre du <em>zingf\u00e9l\u00e9<\/em>&nbsp;; membre correspondant de plusieurs soci\u00e9t\u00e9s olympiennes et plutonniennes&nbsp;; candidat \u00e0 l\u2019ordre du petit beurre, etc. etc. etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Te souviens-tu, vieux et respectable monarque, du temps pass\u00e9&nbsp;? Je parle de celui o\u00f9 ton auguste cr\u00e2ne, non encore transform\u00e9 en ce bel ivoire, qui fait loucher de convoitise, ton voisin, le fabricant de billard&nbsp;; \u00e9tait pourvu d\u2019une chevelure cr\u00eap\u00e9e, abondante et d\u2019un noir \u00e0 faire p\u00e2lir et d\u00e9faillir la petite vertu, de ce jour m\u00e9morable o\u00f9 dans ton royal gourbi, rev\u00eatu de tes insignes, portant superbement l\u2019habit en sifflet des occidentaux, exhibant \u00e0 tes invit\u00e9s une paire de mollets postiches, d\u2019une adh\u00e9rence parfaite, que tu avais lou\u00e9 pour les circonstances, au suisse de la paroisse voisine&nbsp;; de ce jour, dis-je, o\u00f9 pour faire les honneurs de chez toi, tu t\u2019\u00e9tais adjoint cette ravissante <em>flamande<\/em>, portant fi\u00e8rement le cercle d\u2019or national, surmont\u00e9 d\u2019une l\u00e9g\u00e8re cornette, le tablier qui lui allait si bien, savez-vous. Dis, vieux Jupin d\u00e9chu, t\u2019en souviens-tu, tu n\u2019as pas oubli\u00e9 non plus ce cri, <em>\u00e0 la fra\u00eeche, \u00e0 la fra\u00eeche<\/em>, pouss\u00e9 lors de son entr\u00e9e, dans la case hospitali\u00e8re, par une robuste gaillarde, vendeuse de sardines et de coquillages&nbsp;; <em>Sablaise<\/em> de naissance&nbsp;; bien camp\u00e9e sur ses hanches&nbsp;; la jupe \u00e9court\u00e9e, laissant deviner un mollet, vrai cette fois, \u00e0 faire retourner les tiens&nbsp;; chauss\u00e9e de petits sabots fr\u00e9tillants, remorquant une sorte de <em>paquet goudronn\u00e9<\/em>, moiti\u00e9 homme, moiti\u00e9 marsouin, qu\u2019elle nous pr\u00e9sente pour son mari&nbsp;; il aurait pu, ce vieux Mathurin, faire une toilette plus soign\u00e9e pour la circonstance, et cela il l\u2019a probablement compris, car sans que l\u2019on sache ni par o\u00f9, ni comment, il a disparu et nous ne l\u2019avons revu de la soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre nous, mon vieux, c\u2019\u00e9tait une grande imprudence&nbsp;: abandonner ainsi une femme si cataluptueuse, une marchande de coquillages faite aux moules&nbsp;! Enfin, c\u2019\u00e9tait son affaire&nbsp;; mais je crois bien qu\u2019une fois dehors il a eu des regrets, et est all\u00e9 extraire de sa *urne un vieux copain \u00e0 lui, et le charger de le remplacer et d\u2019ouvrir l\u2019\u0153il. C\u2019\u00e9tait un vieux <em>1830<\/em>, que personne ne connaissait&nbsp;; un vieux d\u00e9bris, coiff\u00e9 d\u2019un gigantesque chapeau (g\u00e9nie de ceux que tes amis, les rois blancs de la c\u00f4te lointaine de la Grise-Roche, soldent aux cochers de fiacres, dans la d\u00e9bine, et transforment pour leurs chasses, ou leurs p\u00eaches, en bureaux de tabacs ambulants), un col de zing, gilet \u00e0 fleurs, cravate \u00e0 la Guizot, pantalon genre espalier, une coupe de favoris \u00e0 faire r\u00eaver un am\u00e9ricain du Sud, mais, malgr\u00e9 cela, de la tenue et m\u00eame de la retenue, certaine \u00e9l\u00e9gance dans ses mouvements, couvant d\u2019un \u0153il discret la Sablaise qu\u2019il trouvait, je crois, assez dans ses go\u00fbts, car \u00e0 un certain moment de la soir\u00e9e ne m\u2019a-t-il pas dit en clignant un \u0153il malin&nbsp;: je voudrais bien \u00eatre le maire de tous ces arrondissements-l\u00e0&nbsp;! Allez donc donner vos femmes \u00e0 surveiller ces vieux rococos&nbsp;! Je l\u2019ai m\u00eame vu, \u00e0 un certain moment, c\u2019\u00e9tait vers la fin de la soir\u00e9e, taquiner dans un coin une de tes invit\u00e9es, <em>M<\/em><em><sup>lle<\/sup><\/em><em>&nbsp;Mascotte<\/em>, jolie personne, couverte de bijoux, large d\u2019\u00e9paules, peau de satin, l\u2019air d\u00e9cid\u00e9 et pas b\u00e9gueule&nbsp;; mais je crois que 1830 n\u2019a pas eu toute satisfaction, car en la quittant, je l\u2019ai entendu murmurer&nbsp;: quelle d\u00e9ception&nbsp;! Quelle d\u00e9ception, on ne trompe pas les gens ainsi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u2019anticipons par sur les \u00e9v\u00e9nements, je tiens \u00e0 te rem\u00e9morer, respectable Malblanchi, <em>xxvi<\/em><em><sup>\u00e8me<\/sup><\/em> <em>de la dynastie<\/em>, par ordre les faits m\u00e9morables de cette non moins m\u00e9morable soir\u00e9e. Voici une toute gracieuse personne qui s\u2019avance, mais attention&nbsp;! Elle bande son arc, et\u2026\u2026 non, elle tend sa main, c\u2019est <em>Diane chasseresse<\/em>, qui s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e du bois de l\u2019\u00c9den, pour venir rigoler un brin avec son vieil ami Makoko et jaser des temps o\u00f9 dieu toi-m\u00eame, tu ne d\u00e9daignais pas, d\u00e9posant tes foudres, de venir, sous pr\u00e9texte de chasser le lapin dans les bois sacr\u00e9s, tailler une bavette et raconter les potins de l\u2019Olympe&nbsp;; mais ces temps sont loins. Makoko n\u2019a plus d\u2019yeux que pour sa flamande, pour laquelle il f\u00e9minise le nom qu\u2019il a re\u00e7u de ses p\u00e8res, en l\u2019appelant Makokote.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quel est ce bruit d\u2019armures&nbsp;? Tiens, c\u2019est un guerrier en cotte de mailles, sa longue chevelure flotte sur sa cuirasse, comme ses mollets dans son maillot&nbsp;; il ouvre la bouche, il va chanter, il chante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis <em>Gunther<\/em>, roi\u2026\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et bien tant mieux, inutile d\u2019aller plus loin, nous connaissons la fin, lui crie d\u2019une forte voix une plantureuse <em>femme \u00e0 barbe<\/em>, install\u00e9e dans ton meilleur fauteuil, cachant sa modestie et son trouble derri\u00e8re un gigantesque \u00e9ventail&nbsp;; et dire que cette superbe personne, c\u2019\u00e9tait moi, moi qui \u00e0 ce moment faisais courir toute la population, moi qui recevais \u00e0 mes pieds les hommages de toutes les t\u00eates couronn\u00e9es, la tienne y comprise, et qui savais si bien pousser le&nbsp;: Entrez bonnes d\u2019enfants et soldats&nbsp;; et dire que comme toi, mon pauvre vieux <em>Makoko<\/em> (<em>xxvi<\/em><em><sup>\u00e8me<\/sup><\/em> <em>de la dynastie<\/em>), la guigne m\u2019a poursuivi&nbsp;; tes beaux cheveux sont partis, ma barbe qui faisait ma gloire a disparu&nbsp;; un tra\u00eetre, un l\u00e2che profitant de mon sommeil a fait sur moi l\u2019essai d\u2019une p\u00e2te \u00e9pilatoire dont le succ\u00e8s a \u00e9t\u00e9 si complet qu\u2019\u00e0 mon r\u00e9veil il ne me restait plus un poil, plus un pauvre petit poil&nbsp;; il a fait fortune le mis\u00e9rable, et moi j\u2019ai \u00e9t\u00e9 ruin\u00e9e&nbsp;; si tu me revoyais maintenant, \u00f4 grand roi, tu aurais peine \u00e0 me reconna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais laissons ces tristes regrets et t\u00e2chons d\u2019oublier&nbsp;; ce qui nous serait bien facile si nous avions encore avec nous, comme en cette m\u00e9morable soir\u00e9e, une <em>gentille cantini\u00e8re<\/em> pour nous verser des gouttes de consolation, hein&nbsp;! <em>Malblanchi<\/em>, quel joli minois, quelle frimousse app\u00e9tissante, quelle cr\u00e2ne fa\u00e7on de porter la culotte, comme ce petit fripon de bonnet de police \u00e9tait bien camp\u00e9 sur sa blonde chevelure&nbsp;! On contracterait des engagements, sans primes, pour la vie enti\u00e8re, histoire de se faire verser des champoraux et des petits verres par des menottes aussi mignonnes que les siennes. Qui a parl\u00e9 de petits verres en ce moment o\u00f9 s\u2019avance ce grave personnage&nbsp;? Que ***-t-il des larges poches de sa vaste redingote pour nous distribuer&nbsp;? Halte-l\u00e0, r\u00e9v\u00e9rend, vous vous trompez, nous sommes ici pour nous amuser et non pour lire vos oremus. Allons bon, il fait signe qu\u2019il va parler&nbsp;: Majest\u00e9, nobles dames, et vous Messeigneurs (quel accent, mon Dieu, quel accent&nbsp;!) Je \u00e9tais le r\u00e9v\u00e9rend <em>Smidson<\/em> et je profitais de l\u2019occasion qui me fait trouver moa parmi vous pour vous lire le chapitre 46<sup>e<\/sup> des ordonnances de la soci\u00e9t\u00e9 de temp\u00e9rance, dont je \u00e9tais Pr\u00e9sident. Chapitre 46<sup>e<\/sup>. L\u2019homme doit boire de l\u2019eau, la femme doit boire de l\u2019eau, l\u2019enfant doit boire de l\u2019eau. Assez, assez, crions-nous de toutes parts. Le r\u00e9v\u00e9rend ne para\u00eet pas d\u00e9mont\u00e9 par cette interruption&nbsp;; prenant un sourire aimable, il ajoute cette fois en un fran\u00e7ais tr\u00e8s pur&nbsp;: Si cependant vous aimez le bon cognac, ce que je comprends, n\u2019oubliez pas de prendre la marque des trois hermines, c\u2019est d\u00e9licieux, excellent, c\u2019est ma boisson favorite, voici du reste la marque du fabricant, un homme charmant de mes amis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il avait \u00e0 peine fini ce speech, remis son large chapeau sur sa t\u00eate, ressaisi et rempoch\u00e9 en homme pratique les nombreuses brochures distribu\u00e9es, pour les resservir, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 un auditoire plus convaincu, qu\u2019une senorita \u00e0 fi\u00e8re mine fit son entr\u00e9e&nbsp;; le n\u00e8gre annonce&nbsp;: la <em>Senorita Pasquita Sebastiana Emillia della Cota della Noua<\/em>&nbsp;; en amphitryon galant, tu te pr\u00e9cipites, vieux et digne <em>Malblanchi,<\/em> <em>xxvi<\/em><em><sup>\u00e8me<\/sup><\/em> <em>de la dynastie,<\/em> et tes l\u00e8vres lippues effleurent les doigts effil\u00e9s de la Senora, tu \u00e9tais beau en ce moment et quelque peu entreprenant&nbsp;; mais elle \u00e9tait de Cadix, la dona, et comme le dit la chanson, les filles de Cadix n\u2019entendant pas cela.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et ce d\u00eener, crions-nous de toutes parts, nous mourons de faim, nous sommes morts&nbsp;; <em>Gunther<\/em> suce son sabre pour tromper son app\u00e9tit&nbsp;; l\u2019<em>\u00e9caill\u00e8re<\/em>, faite aux moules, en ouvre quelques unes et fourre les coquillages dans les poches r\u00e9servoirs du r\u00e9v\u00e9rend <em>Smidson&nbsp;<\/em>; le <em>vieux 1830<\/em> d\u00e9faille, heureusement que <em>Diane Chasseresse<\/em>, en femme pratique, a fait provision au fond de son carquois de quelques ailes d\u2019oiseaux de paradis qu\u2019elle partage avec lui&nbsp;; la femme \u00e0 barbe d\u00e9vore ses moustaches&nbsp;; toi, <em>Makoko<\/em>, tu ronges ton frain&nbsp;; la <em>cantini\u00e8re<\/em> vide son baril, <em>M<\/em><em><sup>lle<\/sup><\/em><em>&nbsp;Mascotte<\/em> a besoin de toute sa vertu pour ne pas aller la troquer \u00e0 l\u2019office contre une c\u00f4telette. \u00c0 la porte, un bruissement d\u2019aile se fait entendre&nbsp;; tiens, c\u2019est un <em>charmant papillon<\/em>&nbsp;; mais entrez, entrez donc, vos ailes vont se ternir en restant plus longtemps dehors&nbsp;; venez butiner dans le calice des fleurs de votre amphitryon, fleurs qu\u2019il a fait venir expr\u00e8s pour vous du pays du soleil, comme vous \u00eates joli beau papillon et pourquoi vous \u00eates-vous fait tant d\u00e9sirer&nbsp;? Pourquoi, nous dit-il, parce que j\u2019ai trouv\u00e9 pour me barrer le chemin un employ\u00e9 d\u2019une administration que l\u2019on appelle la <em>douane<\/em>, je crois, et qui, sous pr\u00e9texte que lui aussi devait aller d\u00eener chez <em>Makoko<\/em>, mais qu\u2019un violent mal de t\u00eate l\u2019en emp\u00eachait, a voulu me retenir, pr\u00e9tendant aussi que dans la petite bo\u00eete que voici j\u2019ai voulu faire de la fraude. C\u2019est une ignominie&nbsp;! Par nos soins pour votre aimable personne, nous vous ferons oublier cet incident f\u00e2cheux, <em>beau papillon<\/em>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sa majest\u00e9 <em>Makoko<\/em> est servie, annonce un esclave. Tous nous nous pr\u00e9cipitons vers le lieu destin\u00e9 au festin. Inutile de dire que ce repas habilement ordonn\u00e9 fut de tout point parfait&nbsp;: Saumon sauce mousseline \u2013 Gigot sauce chevreuil \u2013 Timbale boutoux \u2013 Trou normand \u00e0 la C\u00f4te \u2013 Dinde truff\u00e9e \u2013 Paris p\u00e2t\u00e9 \u2013 Salade Russe \u2013 Glace comtesse Marie \u2013 Dessert \u2013 Caf\u00e9, etc. etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gai champagne d\u00e9lie si bien les langues qu\u2019on ne parvint plus \u00e0 saisir tous les joyeux lazzis&nbsp;; c\u2019est un \u00e9change de gais propos, de bons mots, d\u2019impressions sur le plaisir que, gens de provenances si diverses, nous avons \u00e0 nous trouver r\u00e9unis. Makoko superbe, d\u00e9vorant \u00e0 belles dents, arrive \u00e0 chicaner la femme \u00e0 barbe, \u00e0 loucher Sablaise, sourire c\u00f4t\u00e9 Diane, admirer c\u00f4t\u00e9 papillon, lorgner c\u00f4t\u00e9 Paquita, faire le joli c\u0153ur c\u00f4t\u00e9 cantini\u00e8re, et par-dessus tout cela les yeux doux \u00e0 la flamande d\u2019en face.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u2019\u00e9tant pas venus seulement pour manger, nous trouvons tous qu\u2019il est l\u2019heure de passer \u00e0 un autre genre d\u2019exercice. Il est interpr\u00e9t\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on magistrale le c\u00e9l\u00e8bre quatuor de Faust (1<sup>re<\/sup> audition) par la <em>Flamande<\/em>, <em>miss Papillon<\/em>, <em>Smidson<\/em> et <em>Makoko<\/em>. La femme \u00e0 barbe d\u2019une voix \u00e0 faire r\u00e9sonner les vitres du Conservatoire d\u2019en face chante son air favori&nbsp;; gris\u00e9e de son succ\u00e8s, elle entonne, accompagn\u00e9e par la Flamande et de concert avec Makoko, un air intitul\u00e9 Hymne du Quintette et de la Chorale du Mercredi&nbsp;; musique admirable de Madame <em>Machine<\/em>, paroles de Monsieur <em>Chose<\/em>&nbsp;; l\u2019assembl\u00e9e est si satisfaite qu\u2019elle adopte \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 cet hymne pour le sien et vote des remerciements et des f\u00e9licitations \u00e0 Madame Chose et \u00e0 Monsieur Machin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Miss Papillon ayant fait r\u00e9colter dans les r\u00e9gions une multitude de petits insectes en fait la distribution \u00e0 la grande joie de l\u2019assembl\u00e9e. Les instruments sont pr\u00eats pour l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une s\u00e9r\u00e9nade, lorsque la salle est envahie par une n\u00e9e de petits bambins tous agr\u00e9ablement transform\u00e9s, cuisinier, chinoise, paysans, etc. etc. c\u2019est une surprise agr\u00e9able et qui cependant nous a donn\u00e9 \u00e0 tous une certaine frayeur&nbsp;: La porte s\u2019\u00e9tant ouverte par une forte pouss\u00e9e, nous distingu\u00e2mes vaguement, tellement la chambre \u00e9tait pleine de fum\u00e9e de tabac, un uniforme&nbsp;; est-ce un policeman&nbsp;? Est-ce un pompier&nbsp;? Y a-t-il le feu&nbsp;? Ou bien les cases voisines troubl\u00e9es dans leur sommeil sont-elles all\u00e9es pr\u00e9venir le commissaire qui a d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 un de ses sbires&nbsp;? Mais non, c\u2019est une erreur, la petite cantini\u00e8re est la premi\u00e8re \u00e0 s\u2019en apercevoir&nbsp;; elle nous bouscule et se pr\u00e9cipite dans les bras du nouvel arrivant, de doux propos s\u2019\u00e9changent, des paroles d\u2019amour se font entendre et de discrets baisers nous disent \u00e0 tous que nous sommes en pr\u00e9sence du <em>cantinier<\/em>, son \u00e9poux&nbsp;; qui pour ne pas \u00eatre reconnu a rev\u00eatu l\u2019uniforme de <em>Capitaine de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise<\/em>. Nous poussons un formidable hurrah, puis essayons d\u2019interpr\u00e9ter notre s\u00e9r\u00e9nade&nbsp;; mais pour \u00eatre exact, je dois convenir, grand Makoko, que cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plorable, car tout en conservant le bon ton auquel avait droit ton auguste personne, chacun jouait sur le ton qui lui \u00e9tait le plus agr\u00e9able, d\u2019o\u00f9 une cacophonie \u00e0 faire fuir des sauvages&nbsp;; ne d\u00e9sirant faire fuir personne, les artistes ramassent leurs instruments et le photographe attitr\u00e9 de l\u2019assembl\u00e9e les ayant fait grouper artistement avec les autres personnes, fixe \u00e0 jamais sur la plaque leurs bonnes binettes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chacun te pr\u00e9sente, cher Malblanchi (xxvi<sup>e<\/sup> de la dynastie), ses meilleures amiti\u00e9s, ses plus chaudes f\u00e9licitations et les carrosses de ta cour ou de celle d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 les transportent \u00e0 leurs domiciles respectifs&nbsp;; nous avons remarqu\u00e9 que la jolie Flamande, se trouvant probablement tr\u00e8s bien dans ta royale case, a oubli\u00e9 de suivre notre exemple&nbsp;: Veinard de <em>Makoko<\/em>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Amiti\u00e9s bien sinc\u00e8res,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ton ancienne camarade de baraque,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La femme \u00e0 barbe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>La belle Flamande<\/strong>\u00a0: Madame Pelletier<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Sablaise<\/strong> (femme de la chaume)\u00a0: Madame F.\u00a0Voruz<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Diane Chasseresse<\/strong>\u00a0: Madame P.\u00a0Ganuchaud<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Cantini\u00e8re<\/strong> (de la Garde fran\u00e7aise)\u00a0: Madame E.\u00a0Bougo\u00fcin<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Senorita Pasquita S\u00e9bastiana Emillia<\/strong>\u00a0: Madame Delano\u00eb<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Beau Papillon\u00a0<\/strong>: Madame B.\u00a0Voruz<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Makoko \u2013<\/strong> <strong>xxvi<\/strong><sup><strong>\u00e8me<\/strong><\/sup> <strong>de la dynastie<\/strong>\u00a0: Monsieur Pelletier<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Vieux beau de 1830\u00a0<\/strong>: Monsieur F.\u00a0Voruz<\/li>\n\n\n\n<li><strong>M<\/strong><sup><strong>lle<\/strong><\/sup><strong>\u00a0Mascotte\u00a0<\/strong>: Monsieur J.\u00a0\u00c9tienne<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Gunther, roi des \u2026\u2026\u00a0<\/strong>: Monsieur P.\u00a0Ganuchaud<\/li>\n\n\n\n<li><strong>La Femme \u00e0 barbe<\/strong>\u00a0: Monsieur G.\u00a0Ganuchaud<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Le r\u00e9v\u00e9rend Smidson<\/strong>\u00a0: Monsieur Delano\u00eb<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Capitaine (de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise)<\/strong>\u00a0: Monsieur E.\u00a0Bougo\u00fcin<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Banquet offert par M.\u00a0et Mme Pelletier aux membres de la Soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0le quintette et la Chorale du Mercredi\u00a0\u00bb le samedi gras de l\u2019ann\u00e9e 1892. Deuxi\u00e8me d\u00eener de t\u00eates. La photographie qui suit donne l\u2019id\u00e9e qui guida chacun pour se faire une t\u00eate, et comme le progr\u00e8s n\u2019a jamais cess\u00e9 de se faire sentir dans cette [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[11,16,18],"class_list":["post-316","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fetes","tag-georges-i","tag-mondanites","tag-quintette"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/316","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=316"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/316\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":320,"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/316\/revisions\/320"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=316"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=316"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ganuchaud.fr\/grenier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=316"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}